5, place des bourras
derniers ajouts après désertion des lieux - boutures, installation


2.2.03  

les gestes ont pris des airs moins hébétés, les objets trouvé leur place, mais tout cela n'est encore qu'un brouillon, bientôt le printemps amènera de nouvelles idées. Bande-son pour une soirée tout à fait ce qu'il ya de plus normale, c'est fini, clôture de cet espace qui maintenant n'a plus de raison d'être véritablement : MARTIN, MEDESKI & WOOD, Combustication, en boucle, toute la soirée... on peut relire tout ça, dans le désordre c'est mieux, et voilà que soudainement alors que tout est fini je voudrais en dire plus, dire que rien de ce qui est formulé ici ne l'est jusqu'au bout, que ces lambeaux de phrases ne sont que d'infimes glissements sur des réalités huilées et mythiques, rouages malins, rythmes dont la cymbale seule surnage, comme un groupe de rock enregistré dans un garage. Loin de la phrase. Et le miracle de cet appartement, qui est là, maintenant, où je suis, où déjà s'accumulent les traces, souvenirs, gestes écoulés, regards, phrases... Alors en dire quelque chose, maintenant -

FIN (?)

posted by Guillaume | 22:55


9.1.03  

(opérations mentales : là - ça - va aller oui ça va non ça - si ça va aller là - oui ça rentre c'est bon opération n°2 cela là ça - oui non - non là non - ah ça va pas mais comment - si oui peut-être comme ça - ouais - en attendant - )

ou la perte de temps dans un nouveau chez soi : tous les trajets à recalculer - toutes les opérations réduites à leur formulation minimale et qu'il faut maintenant redéployer - comme E = MC² : quand on a oublié les bases mêmes de la division sur papier depuis l'école primaire, alors l'espace et le temps...

il va falloir du hasard - et du temps - (au détour d'un geste un calcul s'avance

posted by Guillaume | 20:51
 

"Vestibule

Visite à la maison de Goethe. Je ne peux me souvenir d'avoir vu des pièces dans le rêve. C'était une enfilade de couloirs badigeonnés comme dans une école. Deux vieilles touristes anglaises et un gardien sont des figurants du rêve. Le gardien nous invite à signer le livre d'or qui est ouvert sur un pupitre de fenêtre, tout au bout d'un corridor. Comme je m'approche, je découvre en le feuilletant que mon nom y figure déjà, dans une grande et indocile écriture d'enfant."

Walter Benjamin, Sens unique, traduction Jean Lacoste, Maurice Nadeau, 1972.

posted by Guillaume | 18:33


19.12.02  

un long silence maintenant - 15 jours - et tout ce qu'il y aurait à dire - encore une disparition - prendre note des événements impliquerait que je voyage avec tous mes bagages : or je pars demain avec l'équipement minimum : ni ordinateur, ni bibliothèque... ni mes traces ni mes photos, mes disques, mes objets, outils, sans mes plantes, ma guitare, mes meubles (sauf deux d'entre eux qui sont en réalité de simples copies de l'un des miens) et, bien évidemment, je suis injoignable.

(par contre, j'emmène avec moi Noël, des cadeaux, mes lectures d'hiver, mon linge sale, ma voiture et ma carte bleue, ainsi que tous les documents relatifs au statut et à l'identification. Je suis couvert)

posted by Guillaume | 21:41
 

retour chez moi, manger devant l'écran... superbe disque de jazz (ou doit-on dire "musiques actuelles"?) JELLYFISHING de KARTET, (Benoît Delbecq, Hubert Dupont, Guillaume Orti, Chander Sardjoe) cf collectif hask

il me faut donc une petite table de cuisine, pour bien délimiter des zones, ne pas tout faire au même endroit, différencier...
mais pour le moment, en l'absence de différenciation :

instant d'adéquation musique - mousse au chocolat Sveltesse - ordi - internet : il fait très beau, très froid, instant de lucidité et de présence.

posted by Guillaume | 11:29


18.12.02  

Pendant mon absence, les plantes poussent. Des racines, pour le moment fins bâtons translucides, indéterminés, naissent lentement dans un flacon de fortune. (A leur rythme.)

Les briques qui forment les montants de la bibliothèque absorbent l'humidité qui se forme sur le mur. De fines gouttes se forment contre le plat des livres qui sont en contact avec les briques.

Les rideaux tirés sont suffisamment pâles pour qu'un halo lumineux naisse de leur forme. Deux halos rectangulaires, qui luisent lorsqu'un nuage laisse percer le soleil.

La fenêtre de droite ferme mal vers le bas : (signaler ça à l'agence) - les battants ne s'enclenchent pas dans le montant ; il y a une béance légère là, que j'ai compensé par le collage d'une bande de mousse (recherche d'hermétisme).

Hier, au contact du battant et de la mousse, il y avait une fine ligne d'eau, noire, l'air froid entre et par condensation, laisse quelques minuscules gouttes. Ligne noire, glaciale, pure droite.

L'air glisse à l'intérieur, à son rythme, délicatement, radicalement. Sur la mousse. Passage au rasoir, mouillé. Il n'y a pas de souffle, pas de son.

Utopie du rectangle, du vase clos, Géométrisme mental : il n'y a JAMAIS de fermeture hermétique. Ca communique, ça passe.

Ca circule. (encore des rêves de systèmes, nous ne sommes pas sortis de la transcendance, ni du judéo-christianisme !)

"- La maison respire," me disait Aymeric l'autre jour, "des fondations au toit l'humidité circule, d'où la grande bêtise des propriétaires qui réparent les vieux murs au ciment..."

: - ne pas boucher les pores à la spatule ! - dire encore que la maison est là, forme pure, neuve, et respire, à son rythme. Je pense à mon appartement, loin, loin d'ici. Je me coule dans sa respiration -

posted by Guillaume | 20:50


17.12.02  

trouvé hier soir une plante (begonia bambou ou begonia tamaya) qui est non seulement un bel exemple de poésie appliquée (begonia bambou) mais aussi la première plante digne d'intérêt que j'ai eu dans ma vie. Cadeau de Nicolo et Sophie, deuxième année de fac, aussi incroyable que cela puisse paraître je leur avait laissé mon appartement pour l'été. Toujours des histoires d'appartements quoi, ça me poursuit. Et bien elle trône magnifiquement sur l'étagère dans l'angle, juste au-dessus de l'escalier en colimaçon qui descend vers la sortie, escalier dont la rambarde est affreusement, mais gaiement, jaune canari. Je vais me lancer dans la peinture, il est temps je crois.

Ce soir, de retour dans ces grandes cathédrales de la consommation, (IKEA, leur nom est en majuscule, même dans l'adresse de leur site internet, on pense plutôt ikea qu'IKEA, non ? et bien nous avons tort la majeure partie des articles de ce grand magasin semble fabriquée en Chine, vous savez, c'est là que les jeunes femmes qui travaillent n'ont même pas seize ans.)
, dans ces cathédrales, j'ai communié en la matière d'un, non, trois jolis, splendides petits meubles : ce sont des bancs-coffres de dimension réduite, quarante de haut, cinquante cm de large, trente de côté, recouverts d'un coussin type futons plutôt douillet mais tout ce qu'il y a de solide. Bonne facture d'ensemble, bref heureux d'avoir trouvé enfin ce coffre dont je rêvais pour une modique somme, un magnifique tabouret-bar, coffre-cube, boîte-assise.
Mais il y a TROIS de ces objets dans mon appartement : production en série, assistée par ordinateur, etc., on connaît tout ça : la nuance ici tient au fait (horreur ! je dois le dire : ces trois coffres constituent mon meuble + deux cadeaux de "noël" hé oui je sacrifie aux formes - horreur ! ces trois exemplaires ne sont pas neufs!)

la nuance tient ici au fait que ces trois exemplaires sont des modèles d'exposition :
chez moi, disposés non loin les uns des autres ils rayonnent encore - ils ont été surexposés, c'est clair, ils ont été les réceptacles de fantasmes flous, de désirs pointus, d'envies confuses ou au contraire tout à fait butées : je le veux là et de cette couleur, et j'y mettrai justement le XXX, on pourra s'asseoir dessus, là, etc. - rayonnent, épuisés, rejettent encore un peu de cette formidable énergie qu'ils ont emmagasiné, de ce viol collectif qu'ils ont subi. Repos. Luisance. Calme après la tempête.

De ces trois modèles identiques, mais plus ou moins noircis par la poussière du sol de l'entrepôt qu'est au final un grand magasin, un entrepôt oui, amochés par les doigts, les subtiles caresses de l'index accompagnant la "pensée du dedans" (appelons ça comme ça) finissant par marquer le bois dans sa chair, par l'altérer de façon indélébile,

de ces trois modèles identiques le moins présentable sera peint en vert et deviendra mon bar et un formidable petit banc d'angle. On pourra s'en servir de table, pour le petit déjeuner aux croissants - mais c'est sans compter sur cette table basse trouvée dans la poubelle, formidable elle aussi, impeccablement patinée par le temps, bois mat, chaud, précieux - surprise de la trouver dans la poubelle - incroyable : depuis combien de temps échappait-elle aux regards? - on s'en servira de table basse, à l'occasion, juste pour voir.
Ce qui me travaille, c'est l'écart : quel est l'écart qui sépare irrémédiablement mon désir de cet objet et ses déclinaisons pratiques (pouf, table, coffre, bar, boîte)
du désir et des déclinaisons qu'en peuvent avoir d'autres acheteurs éventuels?
Jusqu'où nos désirs sont les mêmes face à un objet similaire?
Jusqu'où diffèrent-ils?
(écrire un roman traçant quinze exemplaires vendus le tant te des désirs et des désirs et des désirs)

posted by Guillaume | 22:23


15.12.02  

Ah.
Il y a enfin quelque chose de nouveau sur cette page : c'est une suite de paragraphes irréguliers, apparus récemment, venant recouvrir telle une neige fraîchement tombée, cette nuit, à l'heure où il aurait fallu dormir, c'est tombé lentement par à-coups, finalement absolument pas de la manière dont tombe la beige, puisque la neige tombe et se pose sans écart, sans heurt, sans rupture, se dépose imperceptiblement, etc. (comme si j'avais besoin de délayer tout ça, repousser le moment, amener avec douceur la déclaration, qui seule à une raison d'être, à la suite de ce si long silence :
pour écrire, il faut être quelque part

et vraisemblablement, je n'étais nulle part pendant deux semaines,

étant cependant quelque part pourtant, c'est évident - mais où ? j'étais entre deux lieux entre deux moments, il n'y eut somme toute que quelques instants - et pourtant ici une forme d'échec puisque je voulais justement fixer l'immémorable - avouons donc l'échec : c'est que maintenant nous n'étions plus dans une action ininterrompue mais bien plus loin dans le temps, aspirés par une foule d'événements et de non-événements à révéler -
pendant ce temps -

tout s'était passé au creux de ce silence radio - "ils sont arrivés, ont saisi meubles et chaises, objets dépareillés, feuilles volantes, cartons, si beaux cartons..." - je me souviens - et tout s'était éloigné dans une fiction, l'hiver était arrivé, et moi entre deux chaises, je n'avais pas noté avec précision le déclic décisif des saisons, le crissement des rideaux tirés maintenant sur le ciel, cela allait s'égrener inutilement à la poursuite (lente) de ce qui se tramerait, maintenant loin, aujourd'hui, j'avais eu la sensation d'une prise de contact avec la réalité, où était la réalité maintenant, qu'il fallait un lieu pour écrire, qu'il fallait du temps pour faire un lieu, qu'un lieu ne se posait pas d'emblée, qu'un lieu arrivait lentement, qu'un lieu était la résultante d'un nombre conséquent d'activités et de mouvements, qu'avant de faire un lieu il y avait les choses empilées comme ça les balais seau nettoyant universel -
grille essoreur 3272312405324 - objet dont je ne savais pas le nom dont la désignation suffira

qu'il fallait maintenant que les faits nécessairement se complexifient et se juxtaposent, puisque le temps de l'organisation avait passé inaperçu, qu'il fallait que le temps se trouble pour coudre une suite à ce qu'il fallait noter alors que la table d'écriture était soigneusement pliée dans un recoin entre deux cartons - on a beau croire cela c'est faux on écrit pas n'importe où il y a des lieux pour ça ou on écrit pas tout partout - n'importe quoi n'importe où - il y aurait immanquablement nombre de discours rapportés, incises, coupes, reprises, détours, digressions - il y aurait maintenant quelque chose de blanc et de définitif entre les mots, il serait difficile maintenant de recourir à la spontanéité et de décrire le son de la fontaine, le mécanisme vieilli des fenêtres pas tout à fait hermétiques, la couleur des murs de la cuisine, celle de la rampe, jaune dix-sept couches, rampe imbibée de peinture à tel point peinte et repeinte qu'on voyait maintenant un souvenir enflé de la rampe, rampe disparue, souvenir en moulure externe, l'original restant pour toujours figé sous la copie, tiens tiens l'humour d'Eric Chevillard sa folie finalement cela se passe quand même toujours et encore maintenant puisque je lisais Chevillard il y a une trentaine de minutes, cela se passe de toute façon ici et maintenant, c'est évident, comment ai-je pu en douter un instant, néanmoins tout est plus difficile maintenant, et j'ai attendu d'avoir le début du texte pour essayer quoi que ce soit, le début du texte, qu'il faudrait être quelque part pour écrire, que cela a lieu quelque part, quelques voitures passent en bas, j'ai posté l'odinateur juste à côté de la fenêtre pour pouvoir regarder les choses se passer dans la rue, même si c'est une rue de second ordre, l'envers du "périphérique" Istréen, là où ne s'offrent au regard que les façades, peu de cafés, de passants, d'affiches : l'envers du décor, là où se garent les voitures, où se trament les sales coups, où se trouve les boîtes de nuit, où l'on doit (logiquement) récupérer les corps abandonnés le matin au sortir des nuits sans rêve (c'est un tronçon de "l'olive" qui entoure le vieil Istres, cela mesure à peu près soixante-dix mètres, 70 mètres d'asphalte inintéressant, mais qui a tout de même sa fonction, sur lesquels donnent les fenêtres de mon appartement.
))

posted by Guillaume | 20:12


4.12.02  

Guillaume Fayard
5, Place des Bourras
13800 Istres

posted by Guillaume | 08:22
 

un tas énorme de ces choses les miennes

un coin de l'appartement démagnétisé (pas encore reconnecté) où les sacs s'entassent

tous les habits des papiers couvertures emballages - choses molles


plus loin toutes les étagères

ailleurs tous les CD

vers l'entrée les cartons tous les livres, papiers envois administratifs

ouragan de déplacements hâtifs

toujours pas de téléphone

pas joignable

posted by Guillaume | 08:21


30.11.02  

un tas énorme de ces choses les miennes - un coin de l'appartement déjà "démagnétisé" - il n'y a plus rien là que des bagages - plus loin, un mélange de marchandises en cours de rangement, nettoyage commencé, et encore d'innombrables traces de ma présence - espaces encore nominatifs - étagère avec la chaîne hi-fi - théières, cafetière italienne assez étrange rapportée d'un voyage qui ressemble à une fontaine en miniature - appareils ménagers encore fonctionnels, qui ont servi ce matin - à distance, sur la table basse, il y a un dernier tas de ces papiers qui n'ont pas encore trouvé leur place dans la cargaison - marque-pages, quelques factures, notes, post-it, vagues idées griffonnées là et retrouvées au dernier moment collés derrière l'étagère, coincés sous un pied de lit, dans les marges

posted by Guillaume | 08:24


29.11.02  

Bande-son pour la mise en carton :

Frank Black and the catholics, Dog in the sand
Amon Tobin, Supermodified
Chris Potter, Gratitude
Wayne Shorter, The Vee Jay years
Frank Zappa & the Mothers of Invention, One size fits all
Do Make Say Think, Goodbye Enemy Airship The Landlord Is Dead
Tortoise, T.N.T.

Soft Machine, 4
Titan, Elevator
John Coltrane, Giant Steps
Can, Tago Mago
Miles Davis, Agharta
Eric Truffaz, Bending new corners
Martin Medeski & Wood, Combustication

posted by Guillaume | 18:35


28.11.02  

épuisement ce soir - cartons... - impression de ne vivre que ça, sans fin, des cartons, sauf non une chose tout de même : il y a deux personnes qui habitent au lieu sis 10, grande rue... sur le fichier de la bibliothèque - mais l'existence des choses et des gens n'est-elle pas régie par les registres? N'y a-t-il pas une infaillibilité du fichier administratif?
N'est-ce pas plutôt ici d'une existence administrative dont nous parlons? Peut-être pas, il y a la valeur de vérité des mots qui disent, du fonctionnaire qui a noté ici cela,

valeur de légitimation dans le regard du fonctionnaire?
Pouvoir de vérité?

posted by Guillaume | 18:48
 

Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune : "Ma vie? Ma vie n'est pas un continuum! (Il n'est pas que le jour et la nuit pour la diviser en fragments alternativement blancs et noirs!) Car le jour aussi m'accompagne cet autre qui va à la gare, est assis derrière un bureau, bouquine, traîne dans les bois, copule, bavarde, écrit, pense à mille petits riens. Cet éventail qui se disloque. Qui court, fume, défèque, radiophone et télespecte, dit "Monsieur le sous-préfet" : That's me! Une succession d'instantanés scintillants, en vrac." (écrit en 1953)

posted by Guillaume | 14:09


27.11.02  

Ce soir Istres est le décor d'un film surréaliste. Je suis sorti chercher des cartons, le déménagement approche. Il faut empaqueter les livres. Pour cela, rien de tel que les "boîtes" des libraires, ces cartons qui son faits pour ça, et ne se présentent pas sous la forme d'une lame de carton fixée à elle-même, emboutie haut dans bas. Non, les boîtes sont de vrais boîtes rectangulaires, dont le fond et les angles sont rigides, et d'une solidité à toute épreuve. Ce sont des cartons de livres professionnels, qui souvent resservent, et parfois dans des conditions non syndicales. On peut monter sur leurs angles, tant que l'équilibre des forces est respecté (un pied sur chaque coin cqfd), le carton ne plie pas, il tient.

Je sors dans la rue, il doit y avoir un carton quelque part, je le sens, j'en ai justement vu en passant en voiture tout à l'heure, il doit y avoir des cartons.
Quelle stupeur de découvrir qu'à ma grande ignorance, le mercredi est le jour des cartons, le mercredi est le soir des piles de cartons improbables à tous les coins de rue, le mercredi soir est le soir des fatras de cartons sans dessus dessous remplis variablement de mousse, de papier réduit en lamelles de trente centimètres et cinq millimètres de côté, le grand soir des cartons, le soir où, en ce qui concerne les cartons, on peut choisir.

Je titube, sidéré par la collision des réalités ici - mon besoin de carton - le choix de collecter les cartons ce soir particulièrement plus que tout autre soir - et les réalités de la politique de collecte intercommunale des déchets ménagers, collision tout bonnement improbable et surréelle, je le répète, surréelle.
J'ai choisi les plus beaux cartons, les plus résistants, ceux qui ont de jolies étiquettes déchirées qui laissent présager d'un passé aventureux, et j'ai fourré les lambeaux de papier, les paquets de bourre de remplissage, les papiers journaux, dans des cartons déchirés, mous, douteux, qui se trouvaient là, dans le même tas.

(rencontre fortuite au retour de la dame gentille de l'agence immobilière qui me fait le coup du "nous nous sommes mal compris la jeune fille arrive vendredi rendez-nous les clefs vendredi soir" - discussion, arrangement, résultat : la jeune fille dort dans mon lit samedi soir, au 10, Grande rue des Fabres. (Moi, et mes déménageurs, nous nous blottirons dans l'appartement non chauffé du 5, Place des Bourras, nous enfouirons sous un fatras de couvertures et respirerons bruyamment, dans notre moiteur commune, nous éveillant au moindre passage de gibier, jusqu'au petit matin.))

posted by Guillaume | 22:31
 

Je tente une nouvelle expérience : l'insertion d'images : (j'avais laissé les deux points en suspens : ouiiiiiii ! Et voilà! (ça a marché quelques minutes, puis plus : il faut payer pour accéder à l'affichage d'images)
"Ca commencera donc par une flaque rouge, aujourd'hui. Il n'est pourtant jamais question de flaque rouge, au quotidien (espérons-le)."
Nommons-là "flaque rouge échappée d'une fiction et tombée..."

posted by Guillaume | 21:33
 

Arrêtons-nous un instant. J'ai relu une partie des blocs empilés les jours précédents, et qui comme vous le savez s'écrivent à l'envers : le plus récent arrivant donc en premier - leçon de l'actualité : tout s'empile et le plus frais devant, allez y chercher de la cohérence !
Je ne sais pas si cela se voit mais ici j'écris au débit le plus lent possible : bien dire ce que je veux dire, insister sur une proposition à l'aide de virgules, point-virgules, tirets - il y a plusieurs semaines, je disais que je retournerais visiter l'appartement, puisque la première fois je n'avais rien vu rien entendu (venu parti trop vite ébloui). J'avais signé dès le lendemain, à l'aide de copies de bulletins de salaire et de carte d'identité. (Et aussi une copie de ma signature, dont, tiens, il n'existe pas d'original.)

Chaque fois la phrase s'élance et avec elle, coule ce qui se dit se disant. Cela avance vers ce qui est, ce qui est s'éloignant de la sorte sans fin, tant qu'enfin la phrase cesse, essouflée, ce qui est reposant à distance, à quelques pas, jamais atteint. (Il faudrait une thèse sur la notion de tragique dans le déménagement.)

J'avais signé, mais, la vue courte, il m'a fallu retourner sur les lieux - visite détendue, la demoiselle m'accueillant à l'heure de l'apéritif, nous buvons un verre et échangeons des informations - le temps se fige, nous tissons un peu de relation puis la visite commence, entrecoupée des sauts du petit chien qui je le sais, va pisser sur la jambe de mon pantalon.
Le chien ne pissera pas - inventaire de tout ce que je n'ai pas noté :
- la couleur et la matière du sol de la pièce principale
- l'emplacement des prises électriques
- l'emplacement actuel du frigo
- la poignée de porte de la salle de bains
- si il y a la place ou non de loger mon vélo dans l'entrée

Je n'ai pas visualisé la pièce telle qu'elle sera vide.

Plus problématique : je ne sais pas comment se termine le mur de cloison qui joint le plafond et le haut de la cuisine, qui donne sur le salon, un peu comme un bar. Je vois le mur partir du haut de la cuisine, je me souviens que le plafond est à son plus haut à cet endroit, puisque l'appartement est sous le toit. Très haut même, à première vue quatre mètres.
Mais je ne sais pas comment le mur du haut de la cuisine rejoint le toit, et l'image qui ne s'achève pas se déroule dans ma tête à chaque fois que j'y pense, puis revient de manière obsessionnelle, chavire, tourne, tourne, et le mur s'étire à l'infini tout blanc sans fin sans plafond.

Il y a comme ça des trous dans notre perception, d'un endroit à un autre, de Martigues à Fos-sur-Mer, par exemple, pour moi il n'y a rien, je ne sais pas quoi y mettre, c'est une sensation étrange, un espace indéfini. Je ne vais pas refaire "Espèces d'espaces" de Georges Perec, ce n'est pas le lieu, ni l'endroit. Par contre - par contre de la même manière, je ne visualise pas très bien le chemin sinueux d'un de mes appartements à l'autre : il faudra, plus tard, faire un plan, un dessin du parcours en zig-zag dans les ruelles, puisque après quelques bifurcations, je ne sais plus, non, je ne sais plus où se trouve l'un où se trouve l'autre. Il y a un espace de ruelles entre les deux, autre, autonome, et là je me promène dans une rue médiévale du Vieil Istres, qui n'a absolument rien à voir avec mon histoire, c'est plutôt joli, plutôt agréable, mais je n'y suis pas chez moi tandis que soudain ça y est la rue laisse s'ouvrir la place des Bourras, une fontaine, le bruit de l'eau, l'espace est redevenu mien je sais que c'est là que cela va se passer et je vois la porte et autour de cette porte il y a un espace dont la densité est autre et cette densité (faute d'un meilleur terme), autour de laquelle d'autres lieux s'articulent, c'est chez moi.

posted by Guillaume | 21:20
 

il y a aussi "ménage". Au boulot !

posted by Guillaume | 21:18
 

dans déménagement, il y a "se démener" (il se démena), il y a "en nage", il y a "âge", et il y a "je mens"

posted by Guillaume | 08:24


26.11.02  

qu'est-ce qu'elles sont belles, ces boîtes des libraires, pour les livres
(carton = pain d'épice + chêne massif + papier + une cuillère de miel ; sans compter toutes ces étiquettes à moitié arrachées)

posted by Guillaume | 23:59
 

"...la berceuse de la continuité vient recouvrir le mouvement réel de la musique, fracture de refus, discontinuité, un travail de composition..."

radio, ce soir

posted by Guillaume | 22:20
 

passé ce soir voir les anciens locataires (ils sont toujours LES locataires de cet appartement, d'ailleurs, et visiblement ma visite un peu tardive eut l'effet d'une surprise, et pas des plus agréables : impression d'hostilité dans les yeux de la locataire - non je ne vous met pas dehors c'est vous qui partez et quand s'il vous plaît - ma voix se fait douce et apaisante - horreur de la tension entre nous - effet de contrepoids ma voix qui fait contrepoids par douceur et sourire à la voix harassée tendue racornie par l'emploi du temps surchargé depuis déjà plusieurs jours - il faut vite se dépêcher le sol - les vitres - les derniers cartons - débrancher - tirer ça là - ne pas oublier - et moi qui suis toujours dans une résistance à l'accélération - résistance qui m'épuise d'ailleurs - résistance en forme de respiration - mais le rythme va soudainement exploser - tout ce qui est écrit ici va disparaître - pendant le déménagement je n'aurai rien de cet ordre-là à l'esprit - ou peut-être si Nico et Céline ont lu - ils sauront dire tu vois l'étagère naître du tas de briques et des planches découpées par ce mec si sûr de lui si peu conscient du service qu'il me rendait là - service compris gratuit lors de l'achat deux coupes max. par planche - on se rappelle ton tas de briques le tas de briques dans le coffre de la voiture - et l'impossibilité de prendre des notes pendant l'action - ) elle est descendue a ouvert la porte ouf la sonnette fonctionne je serai joignable - feu dans le regard que faites-vous là oui non samedi - demain soir état des lieux - ouf ah, oui, ok, demain, soir, retour de la bibliothèque - Soft Machine "4" - prévoir la musique pour l'action -

posted by Guillaume | 20:23
 

ça sera une sorte de transplantation - transplantation totale + ajouts à venir - faire un corps plus grand plus spacieux d'un corps minimal - 20 m² studio = espace minimal - mais on fait plus petit il y a les cités U - ces nuits dormies à deux dans les 9 m² -
transplantation par prélèvement soufflé - il y aura des coups de vent - tout ira dans des sacs - sacs noirs plastiques pour quelques minutes quelques heures - braconnage d'objets - cela prendra tout au plus quelques minutes - des sacs noirs pour tout ce qui est mou - cartons boîtes rigides pour tout ce qui est livre - tout soudainement happé par une main invisible - puis lâché comme ça - moments de désordre dans le 5, place... - tout éparpillé comme ça

posted by Guillaume | 20:23


24.11.02  

De la même manière je vais devoir m'effacer du 10, Grande rue des Fabres, détacher les posters des murs, désinstaller les étagères, le mic-mac des tas de linge en différents états. Je vais rapidement oublier l'architecture des lumières que j'avais élaboré après quelques essais infructueux lors de mon arrivée, oublier chacun des gestes familiers, chacun des moments du matin, du soir, de la nuit, des arrivées, des départs en wek-end. Je les oublierai d'autant plus facilement que je serai très occupé mentalement par les différentes étapes du déménagement, le nettoyage des deux appartements, le rendez-vous pour l'état des lieux, la disposition des meubles dans le nouvel appart, le mouvement général de va-et-vient entre les deux lieux mettant en branle tout mon poids mort, et les amis participant au mouvement général. Quelle fête pour la crémaillère ! Et quel changement...

posted by Guillaume | 17:40
 

Contrairement à la plupart des gens qui emménagent, j'ai rencontré les locataires précédents. Un couple entre 25 et 30 ans, qui emménage ces temps-ci dans une maison, au bord de l'étang de Berre, à Varage. J'imagine le projet de vie longtemps ressassé, le rêve devenant réalité, et les innombrables difficultés qui vons les harasser pendant plusieurs semaines. J'imagine les dernières heures dans l'appartement, avant de le rendre, les restes d'investissement de l'espace, le progressif retour au neutre, le blanchiment des surfaces, l'effacement des indices. Que restera-t-il de leur passage à mon arrivée? Qu'en restera-t-il une fois que j'aurai emménagé?

posted by Guillaume | 17:39
 

après un coup de téléphone, ça y est , tout est bouclé : l'appartement est emménagé. Mentalement, bien sûr : l'étagère est prête pour les livres, mais se partage entre le coffre de ma voiture et le mur à côté de la porte ; la cuisinière et le frigo sont à Pavezin, dans la Loire, opérationnels. Le bureau est en pièces détachées, caché par le portant sur lequel sont suspendus mes vestes, chemises, pantalons. Les lourds pieds du bureau sont postés juste à côté de la guitare, et malgré son invisibilité, je ressens sa fragilité comme une pression au coeur, un creusement du ventre, un frisson sur la peau : j'imagine à chaque fois que je les vois le choc du pied métallique noir sur la caisse de papier de la guitare, le bruit, le craquement, les miettes de bois sur le pied retombé au sol.
Le clic-clac est au magasin, ne sachant pas qu'il est l'élu de mes nuits futures, l'armoire reste pour le moment à déterminer, mais le choix se précise.

posted by Guillaume | 17:39
 

petit tour passionnant pour cette petite entreprise sur le bloc-notes du Désordre, site de Philippe de Jonckheere dont le nom est impeccable

posted by Guillaume | 16:05
 

journée froide de novembre - lecture - nouvel album de godspeed you! black emperor - ulysses - how it doesn't relate (pour lui tout l'univers est Dublin)

posted by Guillaume | 15:51
 

"On l'aura compris ce qui motive le chroniqueur en ligne (blogger) comme celui qui tient son journal (Charles Juliet dans son Journal publié chez P.O.L.) ou écrit des chroniques quotidiennes (Pierre Georges dans le quotidien le Monde), celui qui (se) photographie quotidiennement (Michael Salsmann), celle qui (se) filme tous les jours (Miss Trash sur son site éponyme), celui qui enregistre les sons qui ponctuent sa journée (pas d'exemple en tête et pas très sur que cela ait déjà été fait), ou que sais-je encore, c'est le frêle espoir, non de retenir un peu de ce qui s'écoule, projet fantasque, mais de maintenir en pleine lumière, ce qui justement reste et demeure dans l'ombre, une ombre qui s'épaissit à mesure que s'entasse sur eux de nouveaux événements pareillement minuscules et aussi peu aptes à émerger de la masse indifférenciée du temps qui englue ce que justement on oublie, l'immémorable selon l'incipit implaccable de Face à l'immémorable de Louis-René des Forêts: "Cette masse indifférenciée comme perdue sur un fond de grisaille où la lumière n'a accès que par intermittence et semble même de jour en jour se faire plus rare, quel langage serait assez chargé de désir pour lui donner relief et couleur, à moins de recourir aux artifices d'une transfiguration mensongère?"
En soi ce qui compte c'est l'enregistrement."

L'écriture est une technique d'enregistrement (très sophistiquée). Enregistrement de l'immémorable. La poésie (orale) précède l'écriture comme moyen mnémotechnique (rimes, formules permettant une mise en ordre, un rappel facilité des personnes et événements à relater).

Mon rapport à la culture a commencé, comme pour bon nombre d'entre nous, par la musique. Ecoute, puis production, et réflexion sur la culture, la création, par et dans la musique, avec toujours pourtant une autre visée que la musique elle-même. Exprimer quelque chose. Mais quoi?

Enregistrer : avec la guitare et d'autres instruments, ce qui m'intéressait n'était pas la fidélité de l'enregistrement, mais la possibilité qu'il m'offrait de simuler le jeu en groupe, de devenir une entité, de me projeter dans un corps musical global, faire corps sonore. Je pouvais changer d'identité, me démultiplier, me répondre avec une autre voix. Et aussi faire ma petite alchimie de l'art : transcender quelques structures sonores répétitives, les lancer dans le cadre de la musique, dans ce contexte, ce lieu de la musique, où un chant d'oiseau et une parole quelconque sont autant des notes que des signes codés. (C'est juste que dans ce lieu, un protocole de lecture a été fixé.)

Ma guitare est dans un coin de l'appartement, près de l'entrée. La corde de mi aigu est cassée. Elle m'accompagne depuis quatre ans dans mes déménagements, mais, depuis quatre ans au moins, peut-être cinq (fixer la période plus précisément serait intéressant, cela coïncide à peu près avec la rencontre de Céline, mais il y a aussi un processus qui depuis le début me tire de la sensation vers la rationalité, du chant vers le textuel), elle est invisible. Elle est toujours là, mais je ne la vois pas, je fais entièrement abstraction de sa présence. Je ne joue jamais de guitare. Le moment musical, après avoir sévi avec passion, est passé. Restent des enregistrements.

(musique = écriture = blog = photo = enregistrements : différents moments, nuances, contextes, même lieu ? : comme si à chaque approche on changeait la mise au point, le cadrage, une affaire d'angles et d'agencements spécifiques pour un même lieu qui serait : chez moi, qui serait) ...ce qui s'est lentement soulevé en un nuage de poussières et de faits par l'approche de mon déménagement, et qui, pour le moment, s'élève avec largesse et bonhomie. Ce qui, (l'immémorable) dans deux semaines, va commencer de retomber, apaisé, soufflant, déjà un peu assoupi, ayant donné naissance (par manque de choix) à un nouveau contexte, un contexte légèrement différent. Toutes ces choses qui sont (seront, étaient) moi, ailleurs. Il est intéressant d'ajouter (une nouvelle fois) que je déménage d'environ trois cent mètres.

posted by Guillaume | 15:36


22.11.02  

Puis la chambre se réduisit à ses dimensions mesurables : un rectangle de quatre mètres sur cinq. (Alain Robbe-Grillet, Un Régicide)

posted by Guillaume | 23:22
 

Les planches sont maintenant en sécurité, quatre planches de pin de deux mètres de longueur, blanc pâle un peu laiteux, une couleur de chair - je vais faire une étagère avec au 5, Place des Bourras - j'ai cette vision de l'étagère et des livres et des briques qui serviront de montants depuis quelques semaines déjà -

J'ai trouvé sur internet cette définition à la fois étrange, incompréhensible et fascinante :
Planche : avivé dont le rapport des côtés est égal ou supérieur à 4 et dont l'épaisseur est comprise entre 25 et 40 mm.
(aviver - rapport de surfaces - épaisseur - profondeur - exigu : l'espace de la planche n'est pas celui du tronc ni celui du bâton - la planche : entre la poutre et la page)
- faire la planche, n'est-ce pas se trouver, exactement, en situation d'équilibre précaire, entre le ciel et l'eau -

de l'étagère et des livres et des briques qui serviront de montants depuis quelques semaines déjà aujourd'hui j'ai transformé la vision en réalité, la réalité a intégré la vision mais en contrepartie la vision a changé aussi : toujours des questions de lieux, d'innombrables questions de lieux : je ne voyais pas les planches si claires, mais le chêne massif est si cher - la brique n'avait pour moi que la couleur du mot : cuit, recuit, lissé, sorte de galette de soleil et de boue - maintenant les briques ont un poids, une texture sableuse, des ergots nombreux que je poncerai - elles sont percées de petits carrés qui font jour dans la brique et aéreront le "meuble" ainsi constitué : quatre briques disposées sur le sol tous les cinquante centimètres, une planche, ensuite une série de quatre fois trois briques superposées, une planche, douze briques, une planche, douze briques, et encore une planche.

Les briques sont dans le coffre de ma voiture, avec mon duvet, mes chaussures de randonnée, l'huile pour la voiture et de nombreux caillous que je ramasse à chaque fois que l'occasion se présente : en week-end, en vacances - passion volatile des pierres de préférence bigarrées, bien rares et pseudo-uniques : rien que de bien habituel, j'en ai peur. Et puis aussi les silex : je ramasse systématiquement les silex qui croisent ma route, par référence à nos ancêtres préhistoriques, pour qui cette pierre n'est pas la matière obsédante et luisante, chamarrée, vitreuse, dans laquelle s'inscrivent les ondes de choc avec l'éclat coupant, étoilé, de l'exactitude ; non, pour eux ces pierres sont bien entendu un matériau premier, moyen - au lieu de quoi les silex s'entassent aujourd'hui dans mon coffre et brinqueballent dans les virages -

Elles forment un tas massif, les briques empilées sur quatre rangs de haut et en deux tas à peu près égaux, de chaque côté du coffre, pour équilibrer le poids. L'effet de ces briques ocres en masse dans ce coffre duveteux, gris sombre, alors qu'elles sont jaunes, sableuses, cet effet est surprenant et incongru. Grande beauté - on se demande bien ce qu'elles font là, ces briques - ici, dans l'appartement, les planches trônent non loin de trois étagères IKEA - l'une en sapin non vernissé, les deux autres en aggloméré - ici, les quatre planches se fondent presque dans l'environnement : le contreplaqué, le simili-bois ferait presque oublier l'incontestable présence du bois, sont odeur, sa résine - étranges implications des lieux - le déménagement se rapproche, mais je ne ressens plus son urgence pour le moment, tout semble s'être endormi, calmé, la venue des cartons réveillera tout ça brusquement, n'ayons crainte

posted by Guillaume | 23:19


19.11.02  

il y a trois jours réveil inhabituel - quelque chose cloche impossible de savoir - oui la musique il n'y a pas France Inter comme les autres jours - la voix de Stéphane Paoli - le sept neuf - bip bip bip bip - il est sept heures - non - acid jazz - voix feutrée - pur blues - déplacement d'air - quelque chose qui se détraque - la montre peut-être - et puisque l'impression d'étrangeté et de vide et d'étirement élastique du temps persiste je conclus au bout de moins de trois minutes - il y a grève - France Inter en grève - Stéphane Paoli n'est pas là - et la musique est fantastique - un peu comme si - enfin - on avait trouvé la fréquence absolue - là où se produit la musique rêvée - les plus pures tensions résolues irrésolues - fréquence que je n'ai toujours pas trouvée à l'heure actuelle - dans ma voiture où le poste radio a été fracturé - dans un parking gratuit 7/7 24/24 - la vitre arrière a été fracturée le poste a été fracturé par dépit semble-t-il - modèle bas de gamme - musique parfaitement d'actualité - ce matin le 7-9 c'est fou - musique parfaitement en phase - cette musique des bandes originales parfaites qu'on a oublié sitôt le film achevé - sortis de la salle reste le monde - chamboulé - nouveau - flotte quelque chose d'étiré, de suspendu et de rare - moment en vacances - anarchie hilare - l'ingénieur du son flottant dans le casque à la Maison de la Radio - il a envoyé pour deux heures de musique - le sourire jusque là s'est lâché comme on dit - il va aller rejoindre les autres employés - qui manifestent semble-t-il les informations sont rares - vaguement compris que les salariés de l'audiovisuel français - étaient en grève pour cause de revendications - salariales - France Inter étant ainsi dans l'incapacité - d'assurer la bonne continuité de ses programmes - depuis trois jours sur l'antenne - de France Inter je sais - qu'il y a cet espace de pure harmonie - la bande-son continue s'étoffe de jour en jour toujours parfaitement adaptée à chaque situation - le miracle continue sur l'antenne - je sais avec certitude - que là il y a cet espace

je porte en moi depuis que les programmes ont repris, par intermittences, l'ahurissante qualité sonore des divers remplissages sélectionnés à la va-vite - pour combler les absences de continuité - dans le rendu de l'actualité - on ne sait rien des revendications - utopie formulée abruptement depuis défunte : mais je sais qu'elle a existé, je la cherche souvent et pour longtemps, encore, comme déjà je la cherchais obscurément avant même de connaître le sens d'utopie, dans d'improbables enregistrements, images, textes, dans les paysages, les gens, les instants - je la chercherai longtemps encore - fil des crissements de la bande FM -

posted by Guillaume | 10:32


13.11.02  

court silence. en contrepartie, longues séances déjà de fauteuil flexible, intermittences de continuité liées à ce journal que je tiendrai je le sais jusqu'à la semaine suivant mon emménagement - ensuite plus de raison d'etre pour ce texte qui aura fait son temps ; et cette idée venue hier que, malgré la détermination du lieu par la personne et de la personne par le lieu, (état du lieu, gestion de son espace, compétences habitationnelles, traces, etc.) il y a ce lieu que j'habite et où je ne suis que très rarement, si rarement que je ne prens plus la peine de le ranger, de le faire évoluer - dont je ne prends plus le temps d'alimenter la fiction - les plantes ont séché lentement, le sol a pris une consistance vitreuse, troublée par les traces et taches survenues au long cours. Cet appartement n'existe pas : il est un lieu fictif, pourtant, en ce sens qu'il se prétendrait studio alors qu'il sert précisément d'entrepot : j'y dépose les scories de mon mouvement : le mouvement suscite des traces, programmes, tracts, publicités, achats, provisions, contenants, plus rarement contenus - le déplacement génère des fragments de contextes.
Entrepot de scories et surtout sac, besace, lieu où j'entrepose la matérialité manifeste de mes activités : toutes, elles génèrent des utilisations, consultations, supposent outils, trépieds, ouvrages de référence, canevas, grilles. CElles-ci, ceux-ci s'entreposent là-bas le temps d'un détour, d'un trajet, le temps qu'à nouveau, j'ouvre cette besace et y range -

posted by Guillaume | 12:02


7.11.02  

deuxième jour - mercredi prochain je retourne visiter le 5, place des bourras - vers la fontaine aux dragons - il y a une étoile sur le mât qui se dresse sur la fontaine - il y a aussi une rue des templiers un peu plus haut - mercredi prochain je retrouverai ce silence qui s'insinue de la fenêtre de la salle de bains - repérer les placards muraux, les espaces, les possibilités - où mettrais-je l'ordinateur, où la bibliothèque, le salon, où le miroir, l'armoire - les tableaux aux murs, où les plantes dont je rêve la présence -

posted by Guillaume | 21:51
 

Arno Schmidt dans Gadir ou connais-toi toi-même (mais pas oulipien pour deux sous : c'est Jarry ou rien ou c'est Oulipo qui est Schmidtien) - (Léviathan, Christian Bourgois, 1991) - le nom du texte est celui d'une ville - le texte se nomme Gadir - une ville Carthaginoise - Pythéas y est - en prison depuis cinquante-deux ans il a 98 - ans le lieu donne les coordonnées d'une personne - habitant - la personne étant ce qu'elle est - Pythéas habite longtemps sa prison - le lieu agit comme contexte - beaucoup d'éléments changent si le contexte - change - élan provenant du nom - de ce que le nom - elle nomme le lieu - lieu appelé bientôt d'un autre nom - nom qui s'accole au lieu - lieu à nommer - lieu appelé - à cela - de nombreux éléments changent quand le contexte change - Pythéas s'évade bientôt - il nage vigoureux encore et futé le coquin - il scie les barreaux sa main se tord de crispation - (le sang ne circule plus dans la main - la main est devenue une scie - pointe de métal) - face en volutes froissées du ciel tulle sur sable profond - disque de faïence de lune (pastiche d'A.S. xxx) et meurt adulé à cent ans - pour des raisons inconnues du rapporteur - de l'histoire

posted by Guillaume | 18:40
 

et cette fenêtre en biais dont je me cache où autre chose se trame - quoi - quelque chose lumineux, orange - voile de tulle hâtivement fixé à la fenêtre - mes volets pliants - contreplaqué commun que je déroule comme tulle

posted by Guillaume | 18:24
 

entrant dans le studio quelque chose a changé - les lieux ont des odeurs dont la composition échappe - échappée dans les rues froides ce soir en chemin de la voiture au studio - quelque chose qui échappe - l'odeur a changé : maintenant une nuance de velours est apportée à la composition secrète - de velours noir et de bois blanc - le fauteuil s'installe dans l'appartement - le lieu est altéré

posted by Guillaume | 18:20
 

on peut écrire à partir de n'importe quel lieu les perspectives glissent alors et le 10 Grande rue sort du texte pour être ce lieu vaguement dont quelqu'un parle là-bas d'ailleurs il n'y rien à dire de particulier c'est un petit studio cossu dont la location à vrai dire n'engage à rien - petit budget petite surface - surface précieuse où l'empilement menace la visibilité - un peu comme une chambre d'hôtel en méditerranée - soleil le matin brûlant tout à droite sur le mur de la maison au fond de la rue c'est comme cela que l'on voit si la journée est belle et si l'on est heureux ou pas d'y aller et à nouveau cela s'est passé sans heurts le passage des voitures dans la ruelle hier les pas dans la nuit la nuit dans le clic-clac déplié avec fracas pour quelques heures -

posted by Guillaume | 12:01


6.11.02  

du pain fait maison, avec dedans des tomates italiennes séchées au soleil de Sicile
cuisson comme on peut au four électrique
soleil en biais dans la pièce

posted by Guillaume | 22:15
 

grand mystère du passage de l'intime à l'universel - où commence la fiction - où se loge l'histoire - de l'intime à l'extime - hors les murs - poste restante

posted by Guillaume | 19:41
 

Cela n'a pas pris la forme du clic-clac mental - positions modulables impliquant tout un système de rouages et sélections semi-consciemment éludées - oublis pass' cartes d'identités statuts inclinés perspective de rebondissement des faciès - écarts temporels entre des visages - distances - glissements de sens entre différentes variations pour un même choix à caractère multiple - stolen moments - non pas la forme clic-clac mental : un superbe fauteuil tissu noir / bois blanc trône sur le lit qui n'a pas été fait aujourd'hui - collage anachronique - superposition invraisemblable un fauteuil balancé sans ménagement sur un appartement à part entière, le fauteuil est là autonome sur l'appartement qui reste celui où il n'y a pas de fauteuil - "...j'habite 5, Place des Bourras..." pour un temps mental - seule image restée figée de là-bas le silence qui provient de la fenêtre de la salle de bains - silence qui coule avec le son d'une fontaine - bouffée prenante de ce silence-là - nuit collante lovante glaciale - place desséchée le jour - Venise délétère - 2002, on glisse autour du bâtiment et c'est l'avenue quelconque où passent les voitures et où les présentoirs achalandés le mardi matin me réveillent en mai - froid ce matin alors qu'à la banque elles sourient à la tête de ce mec qui n'a plus de chéquier pour les dix jours à venir froid et si le soleil est rasant c'est à force de métal froid sur paupière éveil frais comme un regard droit dans les yeux - hum, bien réveillé on dirait pour une fois - le chéquier attend son chemin vers l'impression - l'impression que je vais être en retard - pas seulement ce matin -

posted by Guillaume | 18:51
 

Sous le titre " what stories do ", la question essentielle est de savoir si le récit est réellement une forme fondamentale de connaissance ou bien une structure rhétorique qui déforme autant qu’elle dévoile. La connaissance qu’il prétend présenter, ne serait-elle seulement l’effet illusoire d’un désir épistémophilique du lecteur ? Il est impossible, selon Jonathan Culler, de répondre à cette question. Une réponse serait envisageable si l’on pouvait dissocier la connaissance de la réalité et les narrations ; or c’est justement cette existence de la connaissance à l’état pur, pour ainsi dire, qui est mise en question quand on se demande si la narration est source de connaissance ou d’illusion. Ce que l’on peut faire, dit Culler en concluant, c’est de rester conscient du caractère construit, de la structure rhétorique des récits et en même temps de les étudier comme le moyen principal de comprendre dont on dispose.

posted by Guillaume | 18:40


5.11.02  

il va falloir faire plus court encore faire plus bref plus tendu sans quoi les mots vont s'évaporer se délayer au creux des informations le temps d'un regard circulaire sur la page faire plus court sur la page - je déplie le clic-clac du souvenir pour demain

posted by Guillaume | 23:59
 

assis face à l'écran - longues heures - plusieurs jours - des jours éloignés les uns des autres - des moments qui ne se ressemblent pas - face à l'écran de l'ordinateur - en un rapport à l'e-mail marqué par la distance à laquelle je vis - un rapport aux télécommunications marqué par mon accession soudaine à la propriété d'un ordinateur - un rapport aux habitants de la ville notifié par arrêté intercommunal stipulant services rendus en qualité d'assitant de conservation - rapport certainement nouveau aux magasins environnant - rapport à un nouveau salaire censément nouveau démultipliant un niveau de vie et les potentialités excessives souvent d'accès à l'information, à la rencontre et à l'épanouissement d'ordre sexuel, relationnel, intellectuel, professionnel, - un nouveau rapport se générant de lui-même après modification minime des variables de départ - Istres, quelques jours à peine après mon arrivée le 10 décembre 2002 - studio de 20 m² loué pour trois mois - renouvelable tacitement par non-dénonciation du bail par l'un ou l'autre des co-contractants, etc. - contrat négativement dressé entre deux parties envisagées sous forme de partenaires dans la froideur de l'hiver 2001-2002 où à Marseillle il neige et où la mer est houleuse, couverte d'un voile de fumées d'évaporation aussi incroyablement belles que le ton des messages ci-présents ne parvenant pas à se trouver une image de soi digne pour l'enregistrement - où nous nous sommes dit quelle région quel lieu quelles possibilités -

posted by Guillaume | 23:47
 

entrer avec toute la retenue de ces longs mois sans écrire trop pour pouvoir déménager sans risque - si peu de temps reste que la sensation est celle du fer froid sur paupière irritée - j'ai rangé l'appartement il y a à peine quelques jours pour la visite de mademoiselle M. (M pour Mademoiselle) dont j'espère faire une plus ample connaissance, puisqu'elle me succèdera lorsque ce texte s'écrira d'ailleurs - 10, Grande rue des Fabres, une belle rue médiévale aux restes douteux : le siècle dernier ou les années cinquante font figure de moyen âge saupoudré d'ambre et de micas - si peu de temps il y a ces gens et ces espaces de temps ces matins ces déjeuners partagés si rares loin des lecteurs du texte ici il faut aussi dormir au 10 grande rue des Fabres il y a un travail, scénarios nécessiteux qu'il faut abreuver - d'où absences de travellings, romans, short stories, etc. au 10 Grande rue - déplier des absences de texte ce long mois déplier les journées et cela entrer avec toute retenue bienvenue entrez là il y aura des descriptions plus précises -






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posted by Guillaume | 23:26
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